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Violence au travail: le manifeste de L'Expansion

Lundi 29 Septembre 2008

Vingt experts proposent leurs solutions. Salariés, entreprises, pouvoirs publics, chacun est concerné.


Violence au travail: le manifeste de L'Expansion

Pour un nombre croissant de salariés, le quotidien au travail est synonyme de stress, d'agressions verbales et physiques, de harcèlement, d'isolement, voire de suicide. Pour les sociétés, ces souffrances sont un frein à la compétitivité, car elles génèrent de l'absentéisme, du turnover et une moindre qualité du travail. Pour la collectivité, cette violence entraîne de lourdes pertes financières.

La France est en retard par rapport aux pays anglo-saxons et nordiques dans la prise en compte des risques psychosociaux. L'Etat et les partenaires sociaux se sont saisis du sujet. Mais il faut d'urgence aller plus loin. C'est pourquoi « L'Expansion » a décidé de s'engager. Pour faire avancer le débat, nous avons réuni médecins, cliniciens, sociologues et économistes.

Vingt experts ont livré chacun une proposition. Toutes sont rassemblées au sein de ce manifeste.

Elles incitent à :
- repenser l'organisation des entreprises et les méthodes de management pour éliminer les sources de stress.
- aider davantage les salariés à faire face à leur environnement de travail.
- mieux reconnaître et soigner les salariés fragilisés ou malades du fait de la violence au travail.

Puissent ces propositions inspirer, au quotidien, les pratiques en entreprise.

1/ Adopter un vrai code de politesse au sein de l'entreprise - Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, éthologue.

« L'humiliation et le confinement sont deux sources majeures de souffrance au travail. Une proposition parmi d'autres pour restaurer le respect de l'être humain: adopter d'urgence un vrai code de la politesse au travail, comme au Québec, en Finlande ou en Suède. »

2/ Pratiquer une approche des problèmes pluridisciplinaire - Patrick Légeron, directeur du cabinet Stimulus, psychiatre.

« Chaque entreprise devrait mettre sur pied un groupe pluridisciplinaire incluant l'employeur, les partenaires sociaux, les médecins du travail et, éventuellement, des consultants extérieurs pour confronter leurs approches. Mais faire travailler ensemble ces acteurs n'a encore rien d'évident en France. »

3/ Cultiver la reconnaissance - Christophe André, psychiatre.

« Trop de managers estiment inutile de complimenter un salarié. « Il reçoit son salaire, c'est bien suffisant ! » se disent-ils. Or la reconnaissance est un besoin fondamental de l'être humain, car elle nourrit l'estime de soi. On ne félicite jamais assez ! Attention, il faut le faire avec sincérité. »

4/ Donner la parole aux salariés - Philippe Davezies, enseignant-chercheur en médecine et santé au travail.

« Les salariés hésitent souvent à s'exprimer sur leur travail, de peur de perdre leur emploi ou d'apparaître faibles. Or ils ont souvent des réponses pertinentes à proposer face aux problèmes d'organisation (rythme, productivité...). Il faut les écouter et, pour cela, créer des espaces de discussions au sein des entreprises. »

5/ Lutter contre l'isolement - Jean-Claude Delgenes, directeur du cabinet Technologia.

« Les salariés se sentent de plus en plus seuls et isolés au travail. Restaurer un soutien social et le sens du collectif est urgent. Pour cela, il faut constituer des services à taille humaine, inciter à la bienveillance entre collègues, favoriser le travail des représentants du personnel et, enfin, veiller à un véritable accompagnement de l'évolution des parcours professionnels. »

6/ Inventer un poste de manager du travail - Thierry Rochefort, directeur du développement de l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact).

« Trop souvent, les démarches de prévention ne sont pas suivies dans la durée. Pour pallier ces difficultés, il faut inventer de nouvelles fonctions comme celle du manager du travail, qui soit l'interface entre les directions opérationnelles, l'encadrement et les ressources humaines. »

7/ Mettre l'accent sur l'organisation du travail et sortir du tout-psychologie - Jean-Pierre Le goff, sociologue.

« Les difficultés ressenties dans le monde du travail sont trop souvent ramenées à une analyse du type pervers/victime. C'est dangereux, car cela enferme les "victimes" dans leurs problèmes. Pour les résoudre, il serait plus efficace de procéder à un examen rigoureux des dysfonctionnements de l'organisation du travail et du type de management. »

8/ Donner de l'autonomie aux équipes - Yves Gary, responsable du département prévention des risques professionnels à la Cnam.

« Lorsque les entreprises exigent beaucoup de leurs collaborateurs tout en ne leur laissant qu'une étroite marge de manœuvre, cela crée de l'anxiété. Les salariés doivent savoir ce qu'ils ont à faire (le flou est également source d'angoisse), mais il faut qu'ils puissent aussi réguler eux-mêmes leur charge de travail. »

9/ Mieux évaluer les risques - Valérie Langevin, psychologue du travail à l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS).

« Une bonne prévention commence par un bon diagnostic, notamment grâce au développement d'indicateurs de suivi. Il faut recenser tous les facteurs de risque et proposer des solutions, en gardant à l'esprit que face au stress, dont les origines sont multiples, il n'y a pas de remède universel. »

10/ Couper le cordon entre médecine du travail et employeurs - Annie Thébaud-Mony, sociologue.

« Les médecins du travail sont pris en étau entre leur mission de protection de la santé des travailleurs et leur dépendance à l'égard des chefs d'entreprise qui les emploient. Les réformes qui se succèdent évitent d'aborder cette question de fond : quand donnera-t-on aux médecins du travail les moyens et l'autonomie suffisants pour qu'ils puissent réellement protéger les salariés ? »

Violence au travail: le manifeste de L'Expansion
11/ Acquérir la maîtrise de son mental - Matthieu Ricard, moine bouddhiste, interprète en France du dalaï-lama.

« Des études scientifiques sur l'escalade de la violence ont démontré que rester serein et bienveillant face à une personne agressive peut faire retomber la pression au bout de quelques minutes. Il faut développer l'altruisme et la paix intérieure en méditant au moins trente minutes par jour pendant des mois. C'est un entraînement de l'esprit. »

12/ Penser ergonomie - Marie Pezé, psychologue clinicienne, responsable de la consultation souffrance et travail de Nanterre.

« Un environnement de travail inadapté au corps du salarié génère, bien plus qu'on ne le croit, fatigue physique et mentale. Les entreprises devraient déjà donner un réel pouvoir d'action aux ergonomes afin d'adapter le travail aux individus, en tenant compte de leurs limites psychiques et neurophysiologiques. »

13/ Offrir un suivi après une crise - Michel Debout, psychiatre, président de l'Union nationale de prévention du suicide(UNPS), cofondateur de Violences, travail, environnement (VTE).

« En cas de plan social, ou encore après un suicide, il est prudent de mettre à la disposition des salariés une cellule d'aide psychologique permanente dans l'entreprise. Ils ont tendance à culpabiliser, et doivent pouvoir en parler. »

14/ Créer un centre de recherche sur les souffrances au travail - Marie-France Hirigoyen, psychiatre.

« En France, les chercheurs travaillent chacun de leur côté, ce qui représente une véritable déperdition d'énergie et d'argent. Il faudrait créer un centre de recherche pluridisciplinaire sur les souffrances au travail, qui associerait psys et chercheurs en organisation. »

15/ Payer un psy aux salariés - Pierre Angel, psychiatre, professeur des universités.

« Aux Etats-Unis, au Canada ou en Grande-Bretagne, les salariés peuvent bénéficier, aux frais de l'entreprise, de cinq à dix consultations par an auprès d'un psychologue extérieur, pour n'importe quel motif, professionnel ou personnel. Ce programme d'aide aux employés (PAE) n'est pas encore assez utilisé en France, alors que des études ont montré qu'il permet de faire baisser l'absentéisme. »

16/ Renforcer le système de bonus-malus pour les entreprises - Philippe Askenazy, économiste.

« A l'étranger comme en France, les entreprises s'assurent face au risque d'accident du travail et de maladies professionnelles. Mais à l'étranger, les cotisations varient fortement et rapidement, à la baisse si l'entreprise met en place des mesures de prévention, à la hausse si elle accumule les accidents. On en est loin en France. Il faut rendre notre système plus incitatif. »

17/ Former les managers en amont - William Dab, titulaire de la chaire d'hygiène et de sécurité du Cnam.

« Les compétences en matière de santé au travail des managers et des dirigeants devraient être certifiées. Elles sont à la fois éthiques (mettre l'homme au cœur du travail, donner du sens...) et techniques (responsabilités juridiques, connaissances des risques, notamment psychosociaux...). »

18/ Prendre soin de soi - Laurent Chevallier, nutritionniste, médecin attaché au CHU de Montpellier.

« L'hygiène de vie est capitale pour l'équilibre du salarié. A midi, il faut sortir de son bureau et changer d'air. La pratique quotidienne du sport et une bonne alimentation sont cruciales. »

19/ Reconnaître le stress comme une maladie professionnelle - Bernard Salengro, médecin du travail, membre de la CFE-CGC.

« Inscrire les pathologies dues au stress sur la liste des maladies ouvrant droit à une indemnisation par la branche accidents du travail-maladies professionnelles de la Sécurité sociale permettrait de mieux aider les victimes. »

20/ Apprendre à communiquer sans violence - David Servan-Schreiber, professeur de psychiatrie clinique à l'université de Pittsburgh et chercheur en neurosciences.

« Apprendre à dire les choses difficiles sans violence devrait faire partie de la formation continue. Cela n'empêche pas d'être efficace, bien au contraire ! La grande erreur française, c'est de croire que l'on n'a pas besoin de l'enseigner. »
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Edition juin 2017

Code du travail : comment Macron va légiférer par ordonnances

Le Premier ministre Edouard Philippe et la ministre du Travail Muriel Pénicaud dévoilent mardi leur feuille de route pour réformer le Code du travail. Pour ce faire, ils passeront par le système des ordonnances. Un processus qu'Emmanuel Macron a défini juste avant son élection sur France Inter : "L'ordonnance permet de raccourcir le processus parlementaire et d'éviter les navettes parlementaires." Le principe de l'ordonnance ne veut pas dire outrepasser les pouvoirs du Parlement, comme dans le cadre de l'article 49-3 utilisé par Manuel Valls par exemple pour imposer la loi Macron ou la loi Travail. En effet, l'exécutif doit avoir le feu vert du législatif et ce, via un cadre très strict.
 
Des ordonnances estivales pour une ratification à l'automne
 
Le Parlement va autoriser, par le biais d'un projet de loi d'habilitation - annoncée pour le 28 juin en Conseil des ministres -, le gouvernement à légiférer sur un sujet donné et dans un délai fixé. Puis l'Assemblée nationale et le Sénat valideront ou non l'ensemble des ordonnances via un projet de loi de ratification. Dans le temps imparti, Edouard Philippe et Muriel Pénicaud, sa ministre du Travail, devront rédiger leurs ordonnances, les faire valider par le Conseil d'Etat puis les adopter en Conseil des ministres.
 
La semaine dernière sur France 2, le Premier ministre Edouard Philippe a rapidement détaillé son calendrier : "Les ordonnances seront prises avant la fin de l'été. La fin de l'été, c'est le 21 septembre. Donc avant cette date et la reprise de la session parlementaire normale." Après la publication des ordonnances au Journal officiel, la loi de ratification est la véritable étape sensible du processus : l'ordonnance n'acquiert en effet sa valeur législative qu'après l'adoption définitive - et globale - du Parlement.
 
Ce sont donc sur toutes les ordonnances publiées que députés et sénateurs devront se prononcer à l'automne. Il faut donc à Emmanuel Macron et Edouard Philippe une majorité confortable à l'Assemblée nationale et au Sénat - il y a des élections sénatoriales en septembre - pour éviter les mauvaises surprises.
 


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