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Acclimatation aux espaces ouverts

Vendredi 9 Janvier 2009

Conflits, états pathologiques de stress, surmenages, dépressions. Mme Raja Safouane, psychologue spécialisée dans la souffrance au travail, sait que le gain de place permis par l’instauration massive d’espaces ouverts densifiés se paye souvent au prix fort sur le plan psychique. Et que, du bricolage à la stratégie individuelle, chacun n’affronte pas à armes égales une telle situation.


Acclimatation aux espaces ouverts
Il importe, précise Mme Safouane, de distinguer deux niveaux d’impact psychologique des nouvelles configurations du travail. D’une part le salarié est, en espace ouvert, exposé en permanence au regard de l’autre, sans possibilité de retrait. La méfiance exacerbée que cette situation suscite devient pour lui une charge mentale lourde. Il s’agit d’assurer soi-même, par un ensemble de stratégies plus ou moins délibérées et efficaces (en choisissant, par exemple, l’emplacement de son poste), une protection que l’architecture des bureaux ne garantit plus. D’autre part, la réduction au minimum de l’espace dévolu à la personne provoque une confusion des espaces : dans certaines sociétés les personnes n’ont plus de place attitrée ou se voient attribuer un poste aux dimensions tellement réduites qu’il est régulièrement « envahi » par leurs collègues. Et l’on remarque qu’en de tels cas elles font immédiatement en sorte de s’approprier et délimiter leur espace, avec leurs dossiers, des photos ou de petits paravents.

Bricolage, certes. Mais bricolage à la fois fort mal perçu par les managers…et tout à fait nécessaire. L’on a besoin d’avoir son territoire et de se l’approprier. L’emplacement d’une photo peut paraître dérisoire : il a cependant une vraie dimension symbolique, et son importance ne doit pas être minorée. L’on n’a pas encore pris conscience, en France, de l’impact psychologique des nouvelles configurations de l’espace de travail, déplore Mme Safouane. Les salariés doivent contenir en permanence tout ce qui relève de l’émotionnel et du stress, parce qu’ils ne peuvent plus se retirer. En outre, ils ne peuvent plus, en espace ouvert, parler d’autre chose que de travail avec ses collègues du fait, une nouvelle fois, de la pression exercée par le regard et la présence des autres. Les pauses collectives, dernier recours pour s’échapper un moment, sont elles aussi souvent mal perçues par les managers, qui s’efforcent de les empêcher…les salariés n’ont alors plus de soupape du tout.

Cette situation n’est pas affrontée par chacun de la même manière. Et si la réaction est certes toujours individuelle, l’on peut néanmoins distinguer deux grands types, précise Mme Safouane. Des personnes fortement dépendantes au regard d’autrui seront très fragilisées par une telle organisation de l’espace, et dépenseront beaucoup d’énergie dans une méfiance constante de ce qui se passe autour d’elles. Des personnes qui possèdent une grande capacité d’adaptation peuvent, au contraire, parvenir à mettre en œuvre des stratégies efficaces afin de se concentrer sur leur travail et à vivre le mieux possible une telle configuration de l’espace. La « strategy of coping », pour reprendre les termes de la psychologie comportementale anglo-saxonne, leur permet, par une observation et une intégration progressives, de prendre de la distance par rapport à l’espace de travail qui leur est imposé et de même vivre mieux.

Mais ces questions individuelles recouvrent également, insiste Mme Safouane, des questions culturelles. Le débat sur l’open space doit être rapporté à la représentation française de l’espace, commune à la plupart des pays d’Europe continentale : une certaine distance des corps y est nécessaire dont la transgression fait naître une véritable inquiétude. Cette bulle d’intimité qui nous entoure et nous protège est plus réduite dans les pays anglo-saxons. Aussi le rapport de corps à corps ne dérange-t-il pas de la même façon, et le travail en espace partagé est, de fait, beaucoup mieux vécu. L’on commet une erreur grave en omettant cette représentation culturelle de l’espace de l’organisation du travail en entreprise, souligne Mme Safouane : l’on transgresse aujourd’hui la représentation française de l’espace, sans la remplacer par une structure rassurante.

Comment améliorer, sinon résoudre, cette situation ? Le premier conseil de Mme Safouane va aux entreprises : elles doivent prendre garde aux conséquences de la densification des espaces ouverts. Des indicateurs permettant d’évaluer l’impact psychologique des espaces ouverts sur les employés de façon régulière, et ainsi de corriger le tir, peuvent être d’une grande utilité. Par ailleurs certains métiers ne s’adaptent absolument pas à l’open space, soit qu’ils exigent confidentialité, concentration, ou repli sur soi : il faut en prendre acte. Côté salarié, il importe d’abord de s’efforcer de ne pas subir cette organisation du travail, en prenant la mesure de son impact effectif sur soi. Et, lorsqu’elle s’avère coûteuse, d’en parler. Aux managers, d’abord : des solutions pratiques (la possibilité, par exemple, de se retirer ponctuellement dans un bureau fermé) peuvent apporter un soulagement véritable. En parler à la direction des ressources humaines, si cela reste sans effet. Depuis la loi de modernisation sociale de 2002, l’entreprise a une obligation légale de préserver la santé physique et mentale de ses employés. Il est très important, insiste Mme Safouane, que le salarié devienne le premier acteur de sa santé, et ne soit pas victime de l’organisation de son travail ou de son espace de travail.

Le vaste champ de la souffrance au travail n’a pas fini d’être exploré. La France rattrape aujourd’hui le retard qu’elle accusait en ce domaine : les témoignages et les initiatives de personnes spécialisées dans cette question reçoivent ainsi une audience qui laisse espérer une réelle progression de leur prise en considération publique.
Adrienne Geraërt - planetefacility
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Edition juin 2017

Code du travail : comment Macron va légiférer par ordonnances

Le Premier ministre Edouard Philippe et la ministre du Travail Muriel Pénicaud dévoilent mardi leur feuille de route pour réformer le Code du travail. Pour ce faire, ils passeront par le système des ordonnances. Un processus qu'Emmanuel Macron a défini juste avant son élection sur France Inter : "L'ordonnance permet de raccourcir le processus parlementaire et d'éviter les navettes parlementaires." Le principe de l'ordonnance ne veut pas dire outrepasser les pouvoirs du Parlement, comme dans le cadre de l'article 49-3 utilisé par Manuel Valls par exemple pour imposer la loi Macron ou la loi Travail. En effet, l'exécutif doit avoir le feu vert du législatif et ce, via un cadre très strict.
 
Des ordonnances estivales pour une ratification à l'automne
 
Le Parlement va autoriser, par le biais d'un projet de loi d'habilitation - annoncée pour le 28 juin en Conseil des ministres -, le gouvernement à légiférer sur un sujet donné et dans un délai fixé. Puis l'Assemblée nationale et le Sénat valideront ou non l'ensemble des ordonnances via un projet de loi de ratification. Dans le temps imparti, Edouard Philippe et Muriel Pénicaud, sa ministre du Travail, devront rédiger leurs ordonnances, les faire valider par le Conseil d'Etat puis les adopter en Conseil des ministres.
 
La semaine dernière sur France 2, le Premier ministre Edouard Philippe a rapidement détaillé son calendrier : "Les ordonnances seront prises avant la fin de l'été. La fin de l'été, c'est le 21 septembre. Donc avant cette date et la reprise de la session parlementaire normale." Après la publication des ordonnances au Journal officiel, la loi de ratification est la véritable étape sensible du processus : l'ordonnance n'acquiert en effet sa valeur législative qu'après l'adoption définitive - et globale - du Parlement.
 
Ce sont donc sur toutes les ordonnances publiées que députés et sénateurs devront se prononcer à l'automne. Il faut donc à Emmanuel Macron et Edouard Philippe une majorité confortable à l'Assemblée nationale et au Sénat - il y a des élections sénatoriales en septembre - pour éviter les mauvaises surprises.
 


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