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Coup de blouse

Rédigé le Lundi 8 Décembre 2008 à 12:44 | Lu 2564 fois modifié le Lundi 8 Décembre 2008 - 12:46


Codes. Les arts et métiers organisent demain une journée sur le vêtement de travail, bien plus qu’une histoire de chiffons.


Coup de blouse
C’est sans doute la première fois qu’un ouvrage s’intéresse de si près à la couture du pantalon des travailleurs, qu’il va si loin sous les jupes des travailleuses. Ce jeudi, le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) organise une journée autour du livre le Vêtement de travail, une deuxième peau (1), de Ginette Francequin, maître de conférence au Cnam. Et comme pour souligner l’actualité du sujet, l’Apec, l’association pour l’emploi des cadres, a mis sur son site un dossier consacré au dress code en entreprise, où une «coach en image» fait prendre dix ans à une salariée et lui conseille «au moins, de cirer ses chaussures». De fait, l’habit de travail, c’est bien plus qu’une histoire de chiffons. Déboutonnage.

Il était une fois la robe

Tout a commencé par la robe. Celle des hommes, avocats ou prêtres, l’un des tout premiers vêtements de travail, toujours signe de pouvoir, rappelle Ginette Francequin. Puis il y a eu le pantalon, celui qu’on a longtemps interdit aux femmes, pour bien leur signifier leur place attitrée. «Dans les années 60, j’avais le droit de me présenter devant les élèves en minijupe, qui venait de faire son apparition, mais pas en pantalon», raconte, amusée, cette ancienne prof. Bourré d’affects et de codes, l’apparence au travail a toujours été l’objet de conflits. En 1906, Un député grondait contre «les motifs qui poussent encore certains hommes à vouloir humilier d’autres hommes en leur interdisant de porter la moustache». Malgré un plaidoyer formidable, sa proposition de loi visant à punir jusqu’à trois mois de prison tout employeur interdisant la moustache ne sera pas votée (2). Plus récemment, en mai 1968, on débraye aussi pour pouvoir s’habiller plus librement.

L’insigne hiérarchique

Comme la taille du bureau et l’épaisseur de la moquette, le vêtement de travail reflète les hiérarchies, les corps professionnels, les sexes à travers une couleur ou la forme d’un col. «Le vêtement permet de faire régner un ordre disciplinaire, ressemblant étrangement à l’ordre religieux ou militaire. De demander à l’individu de s’effacer derrière le groupe, l’entreprise», estime Anne Monjaret, sociologue au CNRS. L’hôpital en est le summum : blouses roses pour les sages-femmes, vertes pour les aides-soignantes, blanches pour les infirmières et blanches avec stéthoscope qui dépasse de la poche pour les médecins. Et si les femmes de ménage d’un hôpital s’étaient révoltées contre la couleur de leur blouse, bleue (trop prolétaire, trop stigmatisante), d’autres ont fini par revendiquer cette couleur symbole «d’opposition au patronat», rappelle Anne Monjaret. Il y a quelques années, un hôpital parisien avait proposé à ses agents techniques de quitter leurs vieux bleus de chauffe pour moderniser l’image de leur profession. Consultés, les agents ont voté… pour une combinaison plus claire, mais toujours bleue. Dernier avatar : le badge obligatoire sur la chemise, orné du prénom du serveur. Cette fois c’est par rapport au client que le salarié est remis à sa place : automatiquement, le badge crée un rapport de proximité et amène le tutoiement.

L’image de l’entreprise

Les rayures qui amincissent (bon pour l’image du hamburger), l’absence de poche pour limiter les vols… Le style McDo - même s’il a évolué maintes fois - a depuis longtemps été déshabillé (3). Comme la devanture qui fait chic, le salarié doit porter l’image de l’entreprise.«Certains designers de magasin sont effondrés de voir que leur travail est gâché car les vendeurs ne sont pas à l’image du merchandising»,se désespère Aude Roy, une ancienne de la haute couture, reconvertie dans le «vêtement d’image» - le nouveau nom de l’habit de travail. Il y a quatre ans, Carrefour a décidé d’assortir les caissières à leurs caisses. La chaîne a fait appel à Aude Roy qui raconte : «Elles portaient un uniforme style 1950, grisouille et sans forme. Les jeunes voulaient des jupes plus moulantes, les autres préféraient cacher leurs formes.» Au final, un choix de 17 pièces, «avec un liseré vert amande qui rappelait les caisses Carrefour» et des conseils pour assortir son maquillage à son uniforme. Manière pour les caissières de s’approprier leur vêtement de travail, mais aussi pour l’entreprise de mettre son empreinte sur leur intimité.

Le dress code

A l’uniforme, des entreprises ont substitué un dress code - une ligne de conduite vestimentaire plus ou moins obligatoire. «Ça a pu paraître comme une forme de liberté, décrypte Anne Monjaret. Mais sous l’apparente décontraction, on reproduit un uniforme avec des vêtements de loisir.» C’est ce qu’a montré l’affaire du bermuda des années 2000 : un salarié de la Sagem licencié pour avoir porté un bermuda. Pour les chaînes vestimentaires, l’allure des vendeurs devient stratégique. Aude Roy a plusieurs fois participé à l’élaboration de «chartes comportementales et vestimentaires». Elle a travaillé avec le chausseur André, qui voulait changer d’image. Il a bien fallu relooker les salariés. «Dans ce cas, on propose aux vendeurs un choix de couleur dans lesquelles ils sont invités à s’habiller : noir et blanc, ou bleu marine l’été par exemple.» Ou comment s’habiller à ses frais, mais comme l’entreprise le veut.


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