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«Une reprise possible»

Rédigé le Jeudi 7 Mai 2009 à 08:47 | Lu 1138 fois modifié le Jeudi 7 Mai 2009 - 08:51


Frédéric Saint-Geours, président de l'UIMM, envisage une reprise technique en fin d'année mais recommande néamoins d'accélérer la mise en oeuvre du plan de relance. Il invite le gouvernement à redonner une vraie place à la politique industrielle.


«Une reprise possible»
LE FIGARO - Quel est votre analyse de la crise ?
Frédéric SAINT-GEOURS - Les remontées du terrain sont très contrastées : globalement l'activité de l'industrie manufacturière a reculé de 17 % en six mois, mais certaines entreprises ont encore des carnets de commande fournis. Nous sommes probablement en train de toucher le fond et une reprise progressive est possible au troisième et surtout au quatrième trimestre, sans que l'on en connaisse la pente. Ce rebond interviendra à cause de la fin du déstockage et du bon fonctionnement de plusieurs mécanismes mis en place, comme la prime à la casse. Mais il reste un gros problème : nous perdons chaque mois 27 milliards d'exportation, soit l'équivalent d'un plan de relance. Ceci va entraîner une forte remontée du chômage en 2009 et début 2010. Notre travail est d'atténuer les effets de la crise sur les salariés et sur les entreprises. Rompre le lien entre le salarié et l'entreprise est un drame pour le salarié et l'entreprise, parce qu'elle se prive des compétences dont elle aura besoin pour rebondir. Nous devons tout faire pour maintenir ce lien.

Faut-il un autre plan de relance ?
Le cocktail des mesures prises - éléments de soutien de l'activité, prime à la casse, distribution de revenus, dispositifs de correction des effets négatifs du chômage partiel et du licenciement- est le bon. Peut-être faut-il en faire plus. Le plus important selon moi est d'accélérer la mise en oeuvre. Entre l'annonce de la création du fonds d'investissement social et la première réunion opérationnelle, il s'est passé trois mois. Il faut également qu'au sein des branches, les partenaires sociaux ajoutent des dispositifs spécifiques. L'OPCAIM a mobilisé 50 millions d'euros pour augmenter de 20 000 le nombre de formation avant ou pendant le chômage partiel. L'UIMM va également mettre plus de 5 millions supplémentaires pour aider les jeunes à entrer dans l'alternance. Enfin, il faut regarder du côté des fonds européens, où des centaines de millions d'euros sont disponibles et pour lesquels les procédures de mise en oeuvre - plus de six mois - sont trop longues.

Faut-il relancer la consommation comme le veulent les syndicats ?
Il y a une autre urgence, préparer la suite. Le revenu brut d'exploitation de l'industrie manufacturière a été divisé par trois depuis le début de la crise : il est passé en rythme annuel de 45 milliards d'euros à 15 milliards. Ceci a un fort impact sur l'investissement et il nous faudra deux ans pour retrouver nos anciens niveaux.. Nous devons travailler dès maintenant à la mise en place de capacités de financement plus efficaces en développant les prêts participatifs ou les fonds d'investissement pour les PME.

Pensez-vous que l'industrie est menacée en France ?
Bien au contraire. Je propose que nous anticipions en redonnant une vraie place à la politique industrielle. Avec le GFI, nous travaillons pour aller au-delà de la politique sectorielle traditionnelle. En partant des défis économiques et sociétaux que le monde aura à relever demain, nous cherchons à déterminer les avancées technologiques que la France peut effectuer. Il est souhaitable que, le moment venu, nous réfléchissions avec les organisations syndicales à ces stratégies industrielles. Je pense par exemple au développement de la télé-médecine ou de l'e-formation. Ces sujets concernent tous les pays et y répondre nous donnera un avantage compétitif.

N'est-ce pas le rôle du Medef de réfléchir à cela ?
C'est le rôle normal des fédérations industrielles que de faire de la prospective sur l'industrie et en matière de dialogue social dans leur branche. Le MEDEF de son côté a négocié ces derniers mois des accords essentiels sur l'assurance chômage, la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences et la formation professionnelle. De plus, l'ensemble des entrepreneurs et de leurs représentants sont comme nous concentrés sur la gestion quotidienne de la crise.

Nicolas Sarkozy souhaite que l'on partage mieux la valeur dans les entreprises. Comment faire ?
La mission menée par Jean-Philippe Cotis sur ce point montre que l'écart entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres s'est réduit et que la répartition de la valeur entre travail et capital n'a pas varié. Les meilleures pistes sont de développer et de simplifier les outils existants : l'intéressement, la participation et l'épargne salariale. Seulement un peu plus de la moitié des salariés bénéficient aujourd'hui d'au moins l'un de ces trois dispositifs. Depuis 2000, les fonds en jeu ont crû de plus de 50 %, pour dépasser 15 milliards d'euros. Un groupe de travail au Medef réfléchit à ces questions pour être en mesure de faire des propositions lorsque les discussions démarreront.

Le gouvernement a-t-il eu raison de prendre un décret pour interdire la distribution de stock-options ou de bonus dans les entreprises aidées par l'Etat ?
Que l'Etat fixe des conditions quand il aide directement des entreprises, c'est normal. Mais que l'on veuille réglementer les rémunérations de manière générique n'est pas opératoire. On ne peut pas plaquer une même règle à l'ensemble des entreprises.

Quel regard portez-vous sur l'action de Laurence Parisot, très critiquée par les syndicats et le gouvernement ?
Les chefs d'entreprise ont vraiment besoin en ce moment d'un patronat uni. Laurence Parisot est leur porte-voix naturel.

Beaucoup de patrons vous poussent à poser votre candidature en 2010 à la présidence du Medef. Vous présenterez-vous ?
Ce n'est pas le sujet actuellement. Lors du dernier conseil exécutif de l'UIMM, l'un de nos membres a demandé si nous devions réfléchir dès maintenant à l'élection du futur président du Medef. Nous sommes convenu que non et d'en reparler le moment venu.

Quel jugement portez-vous sur le travail accompli dans votre fédération depuis le scandale de la « caisse noire » en septembre 2007 ?
Beaucoup de travail a été fait en moins de deux ans et l'UIMM est de nouveau écoutée. Nous nous sommes dotés d'une vraie gouvernance et de circuits de décision clairs. Je ne suis pas loin de penser que l'UIMM est aujourd'hui l'organisation la plus moderne, la plus audacieuse, la plus efficace. En tout cas, c'est la plus transparente puisque nos comptes 2008 vont être certifiés.

Entre les manifestations et les séquestrations dans les entreprises, trouvez-vous le climat social explosif ?
Il est logique que, vu la multiplication des difficultés, les risques de tension soient plus forts. Les séquestrations sont inadmissibles. Les manifestations - elles - n'empêchent pas le dialogue dans les entreprises. Nous devons tous être vigilants afin d'éviter de mettre de l'huile sur le feu. Je note que les responsables syndicaux ne cautionnent pas les débordements.

Le gouvernement ne joue-t-il pas un jeu dangereux en opposant à la « responsabilité » des syndicats « l'irresponsabilité » du patronat ?
Cette attitude n'est pas correcte. Nous sommes tous confrontés à des problèmes économiques importants et les équilibres à trouver sont le plus souvent au sein des entreprises. Tout le monde doit être responsable. Il est contreproductif de montrer les patrons du doigt car cela risque de leur ôter la légitimité dont ils ont besoin pour négocier ensuite dans leur entreprise avec leurs salariés.



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