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« Il y a une urgence industrielle »

Rédigé le Lundi 22 Décembre 2008 à 15:51 | Lu 1323 fois modifié le Lundi 22 Décembre 2008 - 15:56


FRÉDÉRIC SAINT-GEOURS - PRÉSIDENT DE L'UNION DES INDUSTRIES ET MÉTIERS DE LA MÉTALLURGIE


La production manufacturière est en très forte chute en France. Le point bas de l'activité vous semble-t-il atteint ?
En dehors de quelques secteurs dont les carnets de commandes sont préservés, comme le nucléaire, l'aéronautique ou le ferroviaire, nous observons depuis mi-octobre une vraie baisse d'activité chez nos adhérents, qui emploient 1,8 million de salariés. Nous ne voyons pas de reprise avant la fin du troisième trimestre 2009 ou le début du quatrième.

L'accès au crédit vous paraît-il rétabli ?
Il faut rester vigilant et insister pour que les banques jouent pleinement le jeu. Toutes les mesures pour faciliter la trésorerie sont bienvenues. Il faut d'ailleurs les compléter : mettre à disposition des fonds propres pour les PME, élargir les dispositifs aux entreprises de plus de 250 personnes, faciliter l'accès des grandes entreprises au marché obligataire...

Un deuxième plan de relance est-il nécessaire ?
Il y a une urgence industrielle. Nous devons cibler quelques grandes évolutions mondiales- la télémédecine, la voiture décarbonée, le photovoltaïque - et mettre autour de la table tous les acteurs : les entreprises, les pouvoirs publics, les urbanistes...

Est-ce que l'on peut craindre une crise sociale en 2009 ?
C'est un risque réel. C'est pourquoi aujourd'hui, l'urgence, c'est le dialogue social !

L'accord sur le chômage partiel négocié la semaine dernière par le Medef augmente la contribution des entreprises.Nous avons accepté cette hausse à la condition que l'Etat assume lui aussi sa part. Le relèvement du plancher horaire d'indemnisation est important : on passe de 4,42 euros à 6,84 euros, et l'Etat doit financer la moitié de cette hausse. Mais ce n'est qu'une réponse de court terme à la crise. A l'UIMM, nous essayons de bâtir un dispositif de plus long terme qui évite la rupture avec le salarié en cas de difficulté économique passagère.

C'est-à-dire ?
La nécessité pour les entreprises de continuer à investir vaut aussi pour les compétences qu'elles emploient. L'idée est de maintenir, malgré les difficultés, le lien avec le salarié sur une durée plus longue. C'est compliqué. Il faut regarder comment financer un tel système et si ce système est gagnant pour toutes les parties.

Vous êtes pour la sécurité sociale professionnelle chère à la CGT ?
L'idée est d'éviter une solution radicale de licenciement, qui coûte à l'entreprise, lui fait perdre des compétences et place le salarié en grave difficulté sociale. Il est clair qu'il faut que cela soit plus large qu'un dispositif de branche.

Est-ce le bon moment pour engager cette réflexion ?
Il s'agit d'être prospectif et non de bousculer les négociations en cours sur l'assurance-chômage et la formation professionnelle, qui sont déjà assez complexes.

Et de redonner à l'UIMM le rôle de laboratoire social du patronat qu'elle a perdu ?
Ce n'est pas l'expression d'une lutte de pouvoir. J'ai des adhérents et je veux leur rendre le meilleur service possible. Pour cela, je souhaite que l'UIMM face preuve d'audace et d'innovation sociale.

Que faut-il penser du changement de la position de Laurence Parisot, à une semaine d'intervalle, sur les cotisations chômage ?
Les négociateurs qui sont autour de la table sont intelligents. Ils s'adaptent aux circonstances. On pouvait dire en juillet que la baisse de cotisation était un objectif important et considérer, en décembre, que la situation économique le remet en cause et justifie d'interpeller le gouvernement.

Demain, il y aura un an que vous avez été élu pour achever le mandat de Denis Gautier-Sauvagnac à la présidence de l'UIMM. Serez-vous candidat à votre succession, en mars prochain ?
L'an dernier, je me suis présenté pour réformer l'UIMM et travailler sur les dossiers économiques et sociaux qui incombent à l'organisation. J'ai envie de continuer dans cette voie et les chantiers sont encore nombreux.

Comment avez-vous accueilli la récente déclaration de candidature de Laurence Parisot à sa propre réélection au Medef, en juillet 2010 ?
Ce n'est vraiment pas la question du moment.

Serez-vous un compétiteur ?
Ce qui m'intéresse, c'est de poursuivre ma tâche à l'UIMM. Et que celle-ci joue un rôle actif sur tous les sujets, pour les entreprises de la métallurgie et pour toutes les entreprises de France. Ce n'est donc vraiment pas mon sujet aujourd'hui.

Vous attendez-vous à de nouveaux soubresauts dans le scandale des distributions d'argent liquide de vos prédécesseurs ?
Avec l'UIMM d'aujourd'hui, je ne vois rien qui puisse arriver. Le juge instruit le dossier. S'agissant du futur, je serai intransigeant sur trois points fondamentaux : la place des branches et des fédérations, le maintien et l'enrichissement du dialogue social, ainsi que le paritarisme et sa modernisation.

Pensez-vous un jour connaître les destinataires des fonds de la métallurgie ?
Je ne sais toujours pas où est passé cet argent. J'espère que l'on obtiendra un jour une réponse, mais ce n'est pas ma préoccupation aujourd'hui.


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