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Un tiers des salariés pensent ne pas tenir jusqu’à 60 ans

Rédigé le Mercredi 23 Juillet 2008 à 12:01 | Lu 747 fois modifié le Mercredi 23 Juillet 2008 - 12:03


Pénibilité . Plus forte chez les employées et les ouvriers, cette crainte est liée à la souffrance au travail mais aussi à la précarité des emplois.


En ce temps de remise en cause, par le patronat et le gouvernement, de la retraite à 60 ans et de tous les dispositifs de départ anticipé, voici des résultats qui devraient faire réfléchir : 34 % des salariés entre 35 et 55 ans s’estiment « incapables de faire le même travail jusqu’à 60 ans », d’après une étude publiée vendredi par la DARES, la direction de recherche et de statistiques du ministère de l’Emploi. Cette étude a été effectuée auprès de 19 000 salariés dans le cadre de l’enquête « Conditions de travail » menée tous les sept ans, mais la question de la capacité à faire le même travail était posée pour la première fois, ce qui ne permet pas de comparaison dans le temps.

Cette crainte est la plus forte chez les employés de commerce (en majorité des femmes), les ouvriers agricoles et les ouvriers de l’industrie, qualifiés et non qualifiés, qui estiment à plus de 40 % ne pas pouvoir tenir jusqu’à 60 ans. Ensuite viennent les employés de service, les professions intermédiaires de la santé et du social et les ouvriers de l’artisanat, avec un taux de 35 % à 40 %. Les cadres ne sont pas épargnés puisqu’ils sont 29 %, tout comme les employés administratifs, à déclarer ne pas pouvoir tenir. Dans chaque catégorie, les femmes expriment plus souvent cette crainte que les hommes. En revanche, les réponses des salariés du secteur public ne se distinguent pas du secteur privé, a contrario des discours sur le fossé entre ces deux catégories.

Quelle que soit la catégorie professionnelle, le sentiment de ne pas pouvoir tenir est corrélé à des pénibilités au travail, d’ordre physique ou organisationnel. Chez les cadres, il s’agit plutôt des dépassements d’horaires sans compensation et de l’imprévisibilité des horaires. Chez les professions intermédiaires, les pénibilités physiques et les risques d’accidents du travail sont plus mis en avant. Les employés du commerce ne se sentant pas capables de tenir sont 51 % à subir des postures pénibles ou fatigantes et 39 % à « vivre toujours ou souvent des tensions avec le public ». Pour les ouvriers, on retrouve un travail physique et pénible chez 38 % de ceux qui estiment ne pas pouvoir tenir. La particularité de cette catégorie est que cette crainte est corrélée à un sentiment de précarité, de risque de perte d’emploi. Parmi les ouvriers non qualifiés pensant ne pas tenir, 35 % estiment que leur emploi est menacé dans l’année à venir. Dans leur cas, les réponses reflètent donc la forte probabilité qu’ils ont de se retrouver au chômage avant 60 ans. Ces résultats rejoignent une autre étude de la DARES publiée en janvier, sur le lien entre pénibilité et sortie d’emploi (2) : entre 50 et 59 ans, un quart des salariés ne sont plus en emploi, pour moitié en retraite ou préretraite, pour moitié au chômage. Les « seniors » chômeurs sont à 38,7 % d’anciens ouvriers, déclarant des conditions de travail difficiles par le passé et un état de santé entre moyen et très mauvais.

(1) Se sentir capable de faire le même travail jusqu’à 60 ans : le poids des facteurs psychosociaux, Premières informations, premières synthèses no 29.2, DARES, juillet 2008.

(2) Pénibilité et sortie précoce de l’emploi, Premières informations, premières synthèses no 03.1, janvier 2008.


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