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Harcèlement moral, agissements sexistes, violences au travail : l’angle mort du dialogue social ?

Entre obligations juridiques renforcées et réalités de terrain persistantes, les violences au travail interrogent la capacité des entreprises à protéger réellement leurs salariés.

Rédigé le Mercredi 15 Avril 2026 à 09:51 | Lu 139 fois modifié le Mercredi 15 Avril 2026 - 10:04


Derrière les obligations légales et les discours institutionnels, les violences au travail continuent de marquer le quotidien de nombreux salariés. Harcèlement moral, agissements sexistes, violences verbales ou psychologiques : ces situations, parfois invisibles, traduisent des dysfonctionnements profonds de l’organisation du travail. À l’heure où la santé mentale devient un enjeu stratégique, le rôle du CSE apparaît plus que jamais déterminant pour prévenir, alerter et agir.


Une réalité encore trop souvent invisibilisée

Le harcèlement moral et les violences au travail ne sont pas des phénomènes marginaux. Ils s’inscrivent dans des logiques organisationnelles, managériales et relationnelles.

Le Code du travail définit le harcèlement moral comme des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits, à la dignité, à la santé physique ou mentale du salarié (article L.1152-1).

De la même manière, les agissements sexistes sont prohibés (article L.1142-2-1), tout comme les faits de harcèlement sexuel (article L.1153-1).

Pourtant, sur le terrain, les témoignages montrent :

  • des situations banalisées
  • des difficultés à qualifier juridiquement les faits
  • une peur persistante de parler

👉 Le silence reste encore le premier facteur de risque.


Des organisations du travail parfois génératrices de violences

Réduire ces situations à des comportements individuels serait une erreur.

Dans de nombreux cas, les violences au travail sont liées à :

  • une intensification du travail
  • des objectifs irréalistes
  • un management par la pression
  • un manque de régulation collective

Ces facteurs créent un environnement propice aux dérives.

👉 Le harcèlement moral peut alors devenir un mode de régulation implicite du travail.

Cette réalité interroge directement la responsabilité de l’employeur.


Un cadre juridique clair… mais exigeant

L’employeur est tenu à une obligation de sécurité (article L.4121-1), qui inclut la prévention des risques psychosociaux.

Cela implique concrètement :

  • évaluer les risques (DUERP)
  • mettre en place des actions de prévention
  • informer et former les salariés
  • adapter l’organisation du travail

En matière de harcèlement, la jurisprudence est constante :
👉 l’employeur doit agir dès qu’il a connaissance des faits, sous peine d’engager sa responsabilité.

Par ailleurs, la loi impose la désignation d’un référent harcèlement sexuel et agissements sexistes au sein du CSE, chargé d’orienter, informer et accompagner les salariés.


Le rôle stratégique du CSE : de l’alerte à l’action

Face à ces enjeux, le CSE dispose de leviers puissants, souvent sous-utilisés.

1. Identifier et objectiver les situations

Le CSE peut :

  • recueillir les signalements
  • analyser les indicateurs sociaux
  • s’appuyer sur les remontées terrain

👉 L’objectif est de sortir du ressenti pour construire un diagnostic.


2. Activer le droit d’alerte

En cas d’atteinte aux droits des personnes ou à leur santé :
👉 le CSE peut déclencher un droit d’alerte (article L.2312-59)

Ce mécanisme oblige l’employeur à :

  • enquêter
  • proposer des mesures correctives

3. Recourir à une expertise

Lorsque la situation le justifie :
👉 le CSE peut mandater un expert pour analyser les risques psychosociaux (article L.2315-94)

Cela permet :

  • d’objectiver les causes
  • de formuler des recommandations
  • de rééquilibrer le rapport de force

4. Inscrire la prévention dans la stratégie sociale

Le CSE ne doit pas intervenir uniquement en réaction.

Il peut :

  • négocier des accords sur la QVCT
  • intégrer ces sujets dans les consultations récurrentes
  • questionner l’organisation du travail

👉 La prévention devient alors un levier stratégique.


La santé mentale au cœur de la transformation du travail

Les violences au travail ne sont pas uniquement un sujet juridique.
Elles traduisent une tension plus large : celle entre performance et soutenabilité du travail.

Aujourd’hui, la santé mentale s’impose comme un indicateur clé :

  • de performance durable
  • d’engagement des salariés
  • de qualité du dialogue social

👉 Ignorer ces signaux, c’est prendre le risque d’une dégradation globale de l’organisation.


Conclusion : dépasser la logique de traitement pour construire une culture de prévention

Le traitement des situations de harcèlement et de violences ne peut plus se limiter à une approche individuelle ou disciplinaire.

Il s’agit désormais :

  • de questionner les modes de management
  • d’analyser l’organisation du travail
  • de renforcer les espaces de dialogue

Les élus du CSE ont ici un rôle déterminant.

Avec l’appui d’acteurs spécialisés comme Instant CSE, ils peuvent structurer leur action, sécuriser leurs démarches et devenir de véritables acteurs de prévention.

Car au fond, la question n’est plus de savoir si ces situations existent.
👉 Elle est de savoir comment l’entreprise choisit d’y répondre.



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Pierre DESMONT
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