Menu


Rencontrez INSTANT CSE lors de nos colloques

Échangez avec nos experts et repartez avec des réponses concrètes pour exercer votre mandat.

Découvrir nos colloques

Vous êtes élu du CSE ou Direction / RH ?

Accédez directement aux informations, ressources et accompagnements correspondant à vos enjeux.



Instant-CSE accompagne les élus, les directions et les services RH dans l’exercice des missions du CSE, la prévention des risques professionnels, la gestion des relations sociales et la résolution des tensions au travail.

Nos accompagnements en relations sociales Nos accompagnements en santé au travail Échanger gratuitement avec un expert

Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Santé mentale au travail : repenser le rôle du manager dans la prévention des troubles anxieux

Rédigé le Dimanche 25 Mai 2025 à 17:58 | Lu 348 fois modifié le Dimanche 25 Mai 2025 - 18:11


À mesure que les troubles anxieux gagnent du terrain dans le monde professionnel, les attentes envers les managers évoluent. Sans être thérapeutes, ils sont pourtant en première ligne pour repérer les signaux de détresse psychique et enclencher les bons relais. Cet article explore, à la lumière du droit du travail et des pratiques de prévention, la posture juste que doit adopter un manager face à un collaborateur en souffrance, et le rôle stratégique qu’il peut jouer dans la préservation de la santé mentale au travail.


Santé mentale au travail : repenser le rôle du manager dans la prévention des troubles anxieux
Santé mentale au travail : repenser le rôle du manager dans la prévention des troubles anxieux

Introduction

La santé mentale au travail est devenue un enjeu prioritaire, à la croisée des politiques de prévention, des dynamiques managériales et du dialogue social. Les troubles anxieux, en particulier, affectent de manière croissante les salariés, avec des conséquences lourdes tant sur le plan humain qu’organisationnel. Selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), près d’un actif sur quatre présente un trouble psychique commun (anxiété, dépression) au cours de sa vie professionnelle. L’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA, 2022) insiste quant à elle sur le rôle fondamental des managers dans l’identification et la prévention des risques psychosociaux.

Or, le manager n’est ni clinicien, ni psychothérapeute. Il est pourtant souvent le premier témoin d’une situation de mal-être. Dès lors, comment agir de manière ajustée et efficace, dans le respect du droit et de la personne ?


Santé mentale et organisation du travail : une responsabilité systémique

1.1. Comprendre la santé mentale au travail

L’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2022) définit la santé mentale comme un état de bien-être dans lequel un individu peut réaliser son potentiel, faire face aux tensions de la vie, travailler de manière productive et contribuer à la communauté. Cette définition implique que le travail, selon ses caractéristiques, peut être soit un facteur de protection, soit un facteur de risque.

Les travaux de Christophe Dejours (2015), en psychodynamique du travail, montrent que le travail peut être source de souffrance lorsqu’il existe un empêchement à bien faire, une perte de sens ou un déficit de reconnaissance. À l’inverse, Yves Clot (2010) évoque la possibilité d’une « santé par le travail », dès lors que l’organisation soutient la capacité d’agir et la coopération.

1.2. L’augmentation des troubles anxieux en milieu professionnel

La DARES (2023) a constaté une augmentation significative des arrêts de travail liés à des troubles psychiques, en particulier post-COVID. Les troubles anxieux généralisés, les troubles paniques, ou encore les états de stress post-traumatique sont fréquemment évoqués dans les consultations de médecine du travail (INRS, 2022).

Ces troubles sont souvent le reflet d’une désorganisation du travail : surcharge, conflits de valeurs, pression temporelle, ou insécurité de l’emploi. La prévention doit donc être pensée à l’échelle de l’organisation, et non réduite à une prise en charge individuelle.


2. Signaux faibles : repérage et vigilance managériale

2.1. La reconnaissance des signaux faibles

Un collaborateur en situation de détresse psychique ne s’exprime pas nécessairement sur sa souffrance. Il manifeste d’abord des changements subtils dans son comportement : irritabilité, repli sur soi, perte de motivation, erreurs fréquentes, fatigue chronique, conflits interpersonnels...

Ce sont ces signaux faibles que le manager doit savoir identifier. La recherche conduite par Marie Pezé dans le cadre du réseau « Souffrance et Travail » met en lumière l’importance de ce repérage en amont, pour éviter la bascule vers un effondrement psychique.

2.2. Les limites du rôle managérial

Cependant, comme le rappelle la Haute Autorité de Santé (HAS, 2018), le manager n’a pas à poser de diagnostic, ni à intervenir comme un thérapeute. Il doit simplement :

  • Observer,

  • Créer un espace de parole sécurisé,

  • Orienter vers les bons interlocuteurs.

Cette posture suppose une formation spécifique, encore trop souvent absente du parcours de professionnalisation managériale.


3. Prévenir sans soigner : la juste posture du manager

3.1. Les trois piliers de l’action managériale

Les retours d’expérience dans les entreprises engagées dans des politiques de QVCT (Qualité de Vie et des Conditions de Travail) convergent autour de trois axes d’action pour les managers :

a. L’écoute active

Créer les conditions d’un échange sincère, dans un cadre confidentiel, sans jugement ni banalisation.

b. L’orientation

Informer sur les ressources internes (médecine du travail, RH, référent handicap, psychologue interne…) et encourager la prise de contact volontaire.

c. L’ajustement du cadre de travail

En lien avec les préconisations du médecin du travail, il est possible d’envisager des aménagements : temps de pause plus fréquent, télétravail ponctuel, allègement temporaire de charge.

⚠ Attention : toute adaptation du poste doit être formalisée et tracée, pour éviter une exposition juridique (voir Cass. Soc. 1er juin 2016, n°14-28.293).

3.2. Le manager, relai de la prévention primaire

Le rôle du manager s’inscrit dans la logique de la prévention primaire, c’est-à-dire celle qui agit sur les causes organisationnelles des troubles. Il peut :

  • Participer à l’analyse des situations à risques,

  • Contribuer à la mise à jour du DUERP,

  • Coopérer avec les élus du CSE et les membres de la CSSCT pour construire une culture de la prévention.


4. Cadre juridique : obligation de sécurité et dialogue social

L’article L4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Cette obligation inclut la formation, l’organisation du travail, la charge mentale, et les modalités managériales.

La jurisprudence constante rappelle que cette obligation est renforcée lorsqu’un signal d’alerte a été remonté sans réponse (ex. : Cass. Soc., 8 juin 2011, n° 09-42.241).

Le CSE joue ici un rôle structurant. Il peut :

  • Déclencher un droit d’alerte pour atteinte à la santé physique ou mentale (art. L2312-59),

  • Demander une expertise RPS (art. L2315-94),

  • Être consulté sur les réorganisations susceptibles de générer du stress.


Conclusion

Le manager n’est pas un thérapeute, mais il est un acteur-clé de la prévention. Lorsqu’il adopte une posture d’écoute, de repérage et d’orientation, il devient un maillon essentiel d’un collectif de travail protecteur. C’est en articulant les compétences de chacun – managers, RH, CSE, SPSTI – que l’entreprise peut réellement faire de la santé mentale un pilier de sa stratégie sociale.

Parce qu’il n’y a pas de performance durable sans santé mentale, il est temps de former les managers à voir, entendre, et agir autrement.


Références bibliographiques

  • Dejours, C. (2015). Travail vivant – Tome 1 : Sexualité et travail. Paris : Payot.

  • Clot, Y. (2010). Le travail à cœur – Pour en finir avec les risques psychosociaux. Paris : La Découverte.

  • INRS (2022). Troubles psychiques et travail : état des lieux et pistes d’action.

  • EU-OSHA (2022). Les risques psychosociaux en Europe – Rapport de synthèse.

  • Haute Autorité de Santé (2018). Prévention des troubles anxieux en milieu de travail.

  • DARES (2023). Arrêts maladie pour troubles psychiques : données et analyses.

  • Code du travail, articles L4121-1 à L4121-5, L2312-59 et L2315-94.





Projet d'ordre du jour CSE – Octobre 2026

Octobre 2026 : analyser, décider et préparer 2027

Le mois d'octobre constitue une période stratégique pour le Comité social et économique. Après la rentrée et la programmation des travaux du dernier trimestre, les élus disposent désormais des premiers éléments permettant d'analyser la situation économique et sociale de l'entreprise et de préparer les décisions qui structureront 2027.

L'objectif n'est donc pas d'accumuler des questions à l'ordre du jour. Il s'agit de sélectionner les sujets correspondant réellement à la situation de l'entreprise et de les traiter selon une méthode structurée : fondement juridique, informations nécessaires, questions à poser, résultat attendu et suivi des engagements.

Instant-CSE recommande également de poursuivre l'utilisation du relevé de décisions, afin que chaque engagement pris lors de la réunion puisse être suivi lors du CSE suivant.

Pierre DESMONT
24/09/2026



Suivez-nous
X
LinkedIn