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ESPACES OPTIMISÉS : QUELS RISQUES POUR LA SANTÉ DES SALARIÉS ?

Rédigé le Lundi 9 Février 2009 à 11:54 | Lu 1567 fois modifié le Lundi 9 Février 2009 - 11:56



Les médias agitent depuis quelques mois le spectre d’un espace facteur de stress, de mal-être, voire meurtrier. Le succès du livre « l’open space m’a tuer » témoigne du fait que cette stigmatisation de l’espace ouvert va croissante. Or, peut-on établir une corrélation entre espace ouvert et augmentation du stress, entre espaces optimisés et risques pour la santé ? Comment replacer la question de l’espace, de l’organisation du travail et de la santé des salariés dans un cadre propice à une compréhension fine et globale ainsi qu’à la recherche de solutions apportant des bénéfices tant aux employeurs qu’aux salariés ?

Porter un autre regard sur la conception des espaces de travail et le rôle de l’espace dans la gestion du stress et la prévention des risques psychosociaux

Le psychiatre Patrick Légeron - co-auteur du rapport sur la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail, remis en mars 2008 à Monsieur Xavier Bertrand, Ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité – ainsi que les experts interrogés dans le dernier rapport de la Fondation Européenne de Dublin de novembre 2007 prévoient que dans l'avenir, les risques psychosociaux vont encore augmenter.

Selon Patrick Légeron, ce développement des risques psychosociaux date du formidable changement dans le monde du travail apparu dans les années 1970. « …avec la mondialisation, avec la priorité accordée de plus en plus aux résultats capitalistiques de l'entreprise, avec la culture de la performance de plus en plus forte, se sont mis en place non seulement des organisations d'entreprise, mais aussi des styles de management qui sont apparus comme étant des facteurs de risque puissants… les facteurs de stress sont :

- des exigences, une pression de plus en plus forte sur les individus ; pression liée à des objectifs de quantité de travail, pression du temps : nous sommes en mode de fonctionnement de réactivité immédiate ; pression de résultats ; pression des informations de plus en plus complexes et nombreuses que nous devons traiter dans notre cerveau. C'est le premier facteur de stress : pressions et exigences constantes.

- les changements incessants auxquels il faut sans cesse s'adapter : réorganisations, fusions, transformations, qui déstabilisent nos repères, qui génèrent de l'incertitude et de la menace ; des nouveaux savoir-faire, des nouvelles technologies, qu'il nous est parfois difficile de maîtriser. C'est le deuxième facteur : les changements.

- les frustrations, le sentiment de plus en plus fort que les efforts que nous demande le monde du travail sont faiblement payés en retour; aussi bien au niveau des carrières, de la sécurité, des rémunérations, mais aussi de la reconnaissance, de la faible valorisation des individus. C’est le troisième facteur. Donc ces frustrations sont aussi une réalité très forte, surtout en France, comme le montrent de nombreuses études.

- Le quatrième facteur, ce sont les relations entre les individus. L'autonomie des gens les a fait devenir, plutôt que des alliés, des gens en compétition les uns avec les autres. L'exigence, que ce soit de clients ou de collègues, voire l'agressivité (conducteurs de bus, téléopérateurs...). Les relations avec les autres, donc, sont une véritable source de stress.

Toujours selon le Dr Légeron, le débat sur une approche organisationnelle ou individuelle du stress serait une exception française. Il cite à juste titre que : « les pays qui réussissent le mieux à lutter contre le stress au travail – je pense aux pays d'Europe du Nord, à la Grande-Bretagne, au Canada – sont des pays dans lesquels la réduction du stress se fait en modifiant des organisations du travail néfastes. Mais qui accompagnent aussi individuellement les salariés ». Dans un tel contexte de stress et de souffrance au travail, il semble urgent et fondamental de proposer une approche systémique de l’environnement de travail et du rôle des espaces dans la prise en compte des risques psychosociaux.

Sans prétendre détenir une solution unique forcément illusoire, il s’agit ici de proposer un cadre de réflexion qui pose les questions clés liées aux risques engendrés par l’organisation et/ou réorganisation des espaces de travail sur la santé des salariés, afin de les limiter autant que faire se peut.

Quelques axes et pistes d’expérimentation ont ainsi été dégagés au cours de cette conférence :

- Les espaces optimisés peuvent se révéler un facteur de stress et de risques psychosociaux. Le passage d’espaces privatifs en espaces ouverts, s’il n’est motivé que par la recherche d’un gain de surface peut générer une baisse de l’efficacité, des dysfonctionnements et présenter un risque pour la santé des salariés.

- Il n’existe pas de modèle d’aménagement unique et parfait : un aménagement se doit d’être en cohérence avec le mode organisationnel de l’entreprise et sa conception doit prendre en compte les dimensions perçues et vécues.

- L’espace ouvert, ou tout espace optimisé, peut parfaitement répondre aux besoins individuels, collectifs et organisationnels. Il s’agit de créer des espaces respectant les normes et règlementations et en cohérence avec le mode organisationnel, mais également de mettre en place des processus de communication et d’accompagnement du changement : ceci afin que les salariés puissent s’approprier les nouveaux espaces, y trouver des repères facilitant le travail individuel et collaboratif, des espaces pour s’isoler, se détendre ou échanger en toute confidentialité, ainsi que toutes les ressources nécessaires à l’accomplissement de leurs activités.


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